Le Rocky Horror Picture Show : 40 ans de folie

Lorsque le Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman sort en 1975 c’est un échec commercial total : on reproche à l’adaptation de la comédie musicale du même nom son intrigue inexistante et ses répliques assez risibles, qui en font un simple prétexte pour étaler des références sexuelles.

Et on ne peut pas vraiment s’en étonner, parce que si on prend le film pour ce qu’il est, c’est quand même un navet, label AOC.

Résumé à la machette :

Un criminologue nous montre son étude de l’affaire « Janet et Brad », un couple niais BCBG qui a une panne de voiture sous une pluie battante. Ils vont frapper à la porte d’un château où ils sont accueillis par des domestiques au look expérimental, qui leur expliquent qu’ils débarquent au milieu d’une fête : la convention transylvanienne. Commence alors l’une des chansons du film, la plus culte, celle du Time Warp, avec des paroles et une chorégraphie qui donneraient de l’exéma à tout prof de catéchisme qui se respecte. Là-dessus, le maître des lieux arrive, habillé en Dracula de cabaret, talons aiguilles et bas résilles, et se présente comme le Docteur Frank-N-Furter, un travesti qui vient de Transsexuel en Transylvanie.

Brad et Janet souhaitent appeler une dépanneuse et fuir la nouba, mais d’abord le Docteur amène l’assemblée dans son laboratoire assister à la naissance de l’homme qu’il a créé de toutes pièces pour lui servir d’objet sexuel, non sans avoir déshabillé le couple parce qu’après tout leurs vêtements sont mouillés, on ne voudrait pas qu’ils s’enrhumassent.

Naissance donc de Rocky, un éphèbe blond en slip doré, interrompue par l’arrivée, en moto, dans le labo, d’Eddie, un ex du Docteur un peu jaloux habillé en rockeur ventripotent (incarné par le chanteur Meat Loaf). Le Docteur le tue et tout reprend en musique, puis chacun va dans sa chambre, le Docteur s’introduit dans plusieurs d’elles pour pervertir Janet, puis Brad, les deux adorent ça et renient leur passé de chastes Jeunesses UMP pour s’abandonner aux plaisirs de la chair.

Pendant ce temps Rocky brise ses chaînes, Janet assiste aux ébats de Brad et du Docteur via une caméra de surveillance, puis, bouleversée n’est-ce pas, elle s’abandonne aux bras de Rocky ; ils sont alors découverts par les autres, alors qu’on apprend que l’oncle d’Eddie est dans le château.

Sur ce le dîner est prêt, tout le monde passe à table, Janet est légèrement déconcertée quand elle réalise qu’ils sont en train de manger les restes d’Eddie.

Panique collective, le Docteur y met fin en en paralysant les jambes de Brad, Janet et l’oncle d’Eddie avec un rayon paralyseur. Ce dernier révèle au couple que le Docteur et ses domestiques sont en fait des extraterrestres de la planète Transsexuel de la galaxie de Transylavnie. Furieux, le Docteur les change en pierre, puis les habille en sous vêtements sexy, puis leur redonne vie et ils participent tous à un numéro de cabaret, mais le spectacle est interrompu par une rébellion de domestiques, tuerie générale dont Janet et Brad s’enfuient alors que le château, qui est en fait un vaisseau spatial, s’envole dans l’espace vers sa planète d’origine, laissant le couple rampant sur le sol, leurs vêtements en lambeaux.

Bien. On est donc un peu loin des Cahiers du Cinéma (tchi-tcha), mon dieu mais Susan Sarandon, que fais-tu donc dans ce film, rhabille toi vite et quitte ce plateau.

Le film à sa sortie n’a donc pas de succès, et devient un midnight movie, ces films kitsch à petits budgets que les cinémas diffusaient tard dans la nuit.

Mais petit à petit se constitue une communauté de fans qui viennent à chaque séance au Waverly Theater à New York. À force, ils viennent habillés en personnages du film, ils le connaissent par cœur, et commencent à jouer avec lui.

Selon J. Hoberman, auteur de Midnight movies, c’est un professeur calme et respectable, Louis Farese Jr., qui aurait le premier crié à l’écran quand Janet sort sous la pluie en se protégeant avec un journal : « Achète donc un parapluie, sale radine ! ».

Le public prit alors l’habitude de briser le silence de la salle de ciné et de se moquer des personnages.

Les répliques du public deviennent un nouveau dialogue, aussi précis que celui du film, que les nouveaux venus apprennent des anciens et crient à leur tour. Des versions « officielles » seront même publiées, mais l’esprit du film encourage plutôt chaque communauté à trouver ses répliques.

Le phénomène se propage dans différents cinémas qui le projettent aux États-Unis, et l’émulation entre les différents fans pousse à la créativité loufoque : l’interactivité avec les spectateurs grandit, le film quitte l’écran et s’installe dans la salle. Par exemple, quand il pleut dans le film, on se jette de l’eau dessus; lors de la scène du mariage, on lance du riz ; quand l’un d’eux dit « je porte un toast ! », les toasts de pain fusent dans l’air, etc.

Ça s’officialise peu à peu, des Fans Clubs et des revues sont créées.

Une troupe de fans costumés comme les personnages monte alors sur scène devant l’écran et joue le film, le chante, le danse pendant la projection ; eux aussi jouent avec les répliques, en les détournant pour multiplier les blagues grivoises.

« Hey hey dis-moi hey, tu veux faire quoi avec ta grand-mère? ».

Et à ce moment là le personnage du film hurle face caméra avec de gros yeux: « du sexe ! ».

Ces séances deviennent populaires ; on en voit une dans le Fame d’Alan Parker : personne n’est là pour le film, l’ambiance est sur scène, et surtout dans la salle.

Vous allez tout comprendre :

Le record revient à un certain Sal Piro, qui rentre dans le Guiness en 1987 pour avoir vu le film 750 fois. Aujourd’hui il est en est à plus de 2000, et il a joué un rôle crucial et précurseur aux moments des premières projections. C’est lui qu’on voit chauffer la salle dans la scène de Fame.

Le phénomène dure : le Rocky détient le record du film resté le plus longtemps à l’écran, puisqu’aujourd’hui, 40 ans après sa sortie, des cinémas continuent à le projeter, et des fans à faire ces génialissimes séances animées.

Pourtant mal parti, le RHPS est ancré à jamais dans la culture populaire. On le retient pour son générique de début culte, sa B.O., son atmosphère complètement barrée, et l’utilisation qui en a été faite par les communautés LGBT, montrant qu’on peut être engagés tout en ayant beaucoup de second degré.

Et puis une belle interrogation métaphysique : un film appartient il aux créateurs ou aux spectateurs, cette traversée de l’écran ne brise elle pas le quatrième mur, mais arrêtez donc de réfléchir, posez cette pipe, c’est la scène du Time Warp, il faut se lever et danser avec les comédiens.

En France, c’est le Studio Galande qui a repris le flambeau dans les années 1980, et aujourd’hui encore on peut y vivre cette expérience les vendredi et samedi soirs.

La place coûte à peine plus cher qu’un ciné, et le prix est dérisoire par rapport à l’engagement et l’investissement des comédiens.

Un moment dur à décrire, génial à vivre, et qu’on ne peut que vous conseiller et reconseiller !

Juste pour le plaisir, l’introduction du personnage de Tim Curry, le fameux Docteur Frank-N-Furter, dans toute sa splendeur :

Informations pratiques :

Studio Galande, 42 rue Galande, 75005 Paris

Téléphone : 01 43 54 72 71

Accessoires indispensables par ici : http://www.rocky-horror-france.com/les-accessoires.html

Réservation fortement conseillée, au guichet ou par internet dès le lundi précédant la séance à 14h

Film + animation : 12 euros

Ambre Chalumeau