Les Nouvelles Aventures de Sabrina, un reboot diablement réussi

Première photo du tournage Sabrina serie
Photo publiée sur le compte Twitter de Roberto Aguirre-Saccasa

Vous l’avez peut-être remarqué mais, que ce soit en matière de série ou de cinéma, la mode est au reboot ! En effet, beaucoup de séries à succès des années 1970 à 1990 sont en ce moment l’objet de réécritures plus ou moins fidèles au modèle d’origine…et plus ou moins réussies. Netflix nous a donc proposé, à l’occasion d’Halloween, un reboot de « Sabrina l’apprentie sorcière », série (ou bien dessin animé) culte ayant marqué l’enfance et l’adolescence de beaucoup d’entre nous. Mais, la plateforme de streaming et les producteurs de la série ont très tôt précisé que la version 2018 serait beaucoup plus sombre et horrifique que celle des années 1990.

Première image de Salem chat Sabrina serie

Photo publiée sur le compte Twitter de Roberto Aguirre-Saccasa

C’est Roberto Aguirre-Saccasa qui s’est livré à cette tâche assez risquée. On lui doit notamment la série Riverdale, qui est l’adaptation d’une BD Archie Comics, elle aussi. Le casting vient de beaucoup d’horizons différents : Kiernan Shipka, connue pour son rôle de Betty Draper dans Mad Men, Ross Lynch, star Disney qui a récemment fait ses premiers pas remarqués au cinéma dans My Friend Dahmer, et Miranda Otto qui incarnait Eowyn dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson.
« Chilling Adventures of Sabrina » est donc loin d’être un reboot parmi tant d’autres (comme l’est malheureusement, à mon humble avis, la réédition de «Charmed» sur la CW). L’ambition des producteurs était claire et c’est pour moi une grande réussite.

 

Une série qui se veut plus fidèle aux comics d’origine

Si vous êtes, comme moi, amateurs de comics, vous devez probablement connaître la maison « Archie Comics » dont les franchises ont notamment inspirés la série Netflix « Riverdale ». Le lien entre les deux séries de comics est extrêmement affirmé (avec un grand nombre de cross-overs), ce qui n’est pas le cas pour les deux séries télévisées… enfin, pour l’instant.

Couverture volume 5 Chilling Adventures Sabrina serie comic

De plus, la série est fidèle au tout début de la bande dessinée car elle met en scène le personnage d’Ambrose Spellman, le cousin de Sabrina dont les commentaires sarcastiques animaient les premiers numéros. Personnage qui a en effet progressivement disparu de la BD pour être largement remplacé par Salem. D’ailleurs, j’approuve totalement le choix de l’abandon de l’animatronique parlant, certes hilarant et iconique, pour un vrai chat qui joue un véritable rôle de « familier », une sorte d’animal de compagnie, pour la jeune sorcière.
Netflix s’est en revanche permis d’insister sur l’aspect horrifique du comics d’origine, et ce peut être face au succès de la série « American Horror Story » et notamment de la saison « Coven ». La Sabrina Spellman proposée par le géant américain du streaming est bien loin de la sorcière gentillette des Ma Sorcière Bien Aimée, Charmed et du « Wizarding World » de JK Rowling. En effet, en VO, « Sabrina the teenage witch » est devenue « Chilling aventures of Sabrina » (titre d’origine du comics). On retrouve ici des sorcières satanistes, libertariennes, nécromanciennes et même cannibales ! Donc des sorcières qui font peur, à l’image de ce qu’elles ont été dans le folklore populaire jusqu’aux modes occultistes du début du XIXe siècle. Je me permets toutefois de nuancer car, malgré la limite d’âge indiquée à 16 ans, la série reste tout de même plus « soft » qu’ « American Horror Story » et les références au Satanisme sont souvent prises au second degré (les « Loué soit Satan » de tante Zelda en particulier).

 

Un ensemble délicieusement esthétique

Dès le générique, j’ai été frappée par le travail effectué par les producteurs sur les couleurs et l’ambiance de la série. Le choix du rouge, noir et jaune du générique rappelle les affiches et génériques du cinéma d’horreur de la première heure.

Generique opening serie Sabrina Chilling Adventures Netflix serie

Étant une grande fan du cinéma d’horreur et d’épouvante, les clins d’oeil esthétiques à des œuvres comme l’Exorciste ou bien Rosemary’s Baby me sont allés droit au cœur. L’esthétique générale de la série est profondément vintage et gothique, tant et si bien que l’on a un mal fou à dater les évènements de la série. Les choix musicaux et le style vestimentaire des personnages y participent aussi. En revanche, je comprendrais que certains pensent que cette série ne soit qu’une combinaison d’horreur et d’esthétique rétro, programmée par Netflix pour compenser l’absence de Stranger Things 3 dans son catalogue pour Halloween 2018.
On reconnait cependant ici la marque des producteurs de Riverdale, dont les premières bandes annonces m’avaient fait un effet similaire. J’avoue tout de même que, face au manque de cohérence de cette dernière à partir de la saison 2, j’ai peur que Sabrina ne prenne le même chemin et devienne aussi une série dont l’aspect esthétique servirait à couvrir les manquements  de l’intrigue.

 

Des thématiques très actuelles

Là où la Sabrina Spellman des années 90 ne s’attardait que sur des questions assez superficielles (problèmes de lycéenne, relation avec son petit ami Harvey…) dans une intrique assez comique et loufoque, la série Netflix aborde ouvertement des sujets polémiques et actuels.
Le féminisme est la thématique la plus présente. Il est entouré des problématique du harcèlement sexuel, de racisme et de la misogynie en milieu scolaire. Mais cela pourrait déranger certain(e)s fans qui pourraient trouver que la série en fait trop, peut-être en guise de coup de com suite au mouvement #MeToo. Le personnage de Suzy a lui aussi beaucoup fait parler les fans : certains sont très heureux qu’un personnage non-binaire soit représenté à l’écran mais nombreux sont ceux qui pensent que son personnage aurait pu avoir plus de profondeur, ne pas se résumer à cette seule caractéristique.
Les questions de religion, de fanatisme et de bigoterie sont aussi très prégnantes puisque la jeune héroïne s’interroge constamment sur son appartenance et sa dévotion à l’Eglise de la Nuit. Sans compter le fait que sa tante Zelda n’a de cesse de critiquer le « faux dieu » des chrétiens, qui leur ment et jette la honte sur chaque plaisir qui compose une vie heureuse. Ces références nombreuses au satanisme et au wiccanisme ont même poussé le Temple Satanique à poursuivre Netflix en justice ! Dans le contexte actuel, j’ai surtout trouvé que les discours de certains membres de l’Église de la Nuit peuvent évoquer les problèmes de radicalisme religieux et d’embrigadement.

 

Et ensuite ?

La saison 2 est déjà en tournage (comme on a pu le voir sur le compte Instagram des acteurs) pour être diffusée courant 2019. De plus, un épisode spécial de Noël a déjà été tourné et sortira sur Netflix le 14 décembre cette année.

 

Mathilde CAUBEL

Sources :