HOMELAND SAISON 4 – UN NOUVEAU DEPART

Cet article a été rédigé en évitant le spoil mais il est préférable d’avoir vu la fin de la saison 3.

 

Un scénario revu de A à Z

Homeland, l’une des séries phares de ces dernières années, vient d’achever une quatrième saison qui s’est faite le marqueur du tournant scénaristique dont elle avait tant besoin. Suite à un final de saison 3 qui aura pris tout le monde de court, certains pensaient que la communauté de fans fidèle depuis les débuts malgré ses errements scénaristique s’en détacherait, par colère, déception ou lassitude. Les dernières saisons ayant fait perdre en crédibilité à la série aux débuts prometteurs, Homeland semblait destinée à devenir un programme de second plan maintenu à l’antenne uniquement par capitalisation sur le succès de la première saison. La curiosité poussant tout de même à visionner le premier épisode d’une série lésée de l’un de ces personnages les plus charismatiques – Comment vont-ils s’y prendre ? – c’est avec surprise que les téléspectateurs découvrent que changer l’intrigue et le fil conducteur du tout au tout après trois saisons de rebondissements autour du personnage de Brody et de son idylle avec Carrie peut avoir du bon. Oubliés l’Irak, Washington et la romance entre l’ancien héros traitre à la patrie et l’agent de la CIA. L’intrigue prend place au Pakistan, toujours dans un contexte de traque terroriste. C’est sur cette base que la saison 4 prend racine afin d’évoluer en un enchainement inattendu et habilement maitrisé de situations aux accents d’effet papillon, dont le fil conducteur sera un suspens prenant, pour une saison faite d’angoisse et dont les questions tardent à trouver leurs réponses.

  Une nouvelle mission au Pakistan ou comment Carrie tente de fuir son quotidien         

   Nous retrouvons donc Carrie Mathison qui, après avoir mis au monde sa fille, dont l’arrivée nous avait été annoncée à la fin de la saison 3 par un des cliffhangers si chers aux scénaristes américains, part pour Islamabad afin de lutter contre un réseau terroriste. Loin d’avoir accédé à une stabilité mentale en même temps qu’à la maternité, elle favorise à l’inverse de façon évidente sa vie professionnelle à sa vie privée, fuyant tous les souvenirs que cette enfant peut lui apporter, dans une tentative vouée par avance à l’échec de reniement de son existence. Une des scènes les plus frappantes de la saison restera d’ailleurs celle du bain, où la noirceur et la fragilité de la jeune mère sont plus que jamais mises en exergue. Un début de saison placé sous le signe de la fuite pour l’agent Mathison.

                C’est donc à des milliers de kilomètres que prend place le point de départ de cette saison 4,  à savoir le bombardement d’une ferme à Islamabad afin d’éliminer une cible terroriste. L’opération ne se déroulant pas comme prévu, Carrie doit en gérer dans l’urgence les ratés. Suite à cet évènement, un nouveau venu fait son entrée dans sa vie d’une façon pour le moins surprenante, permettant de confirmer, si cela était nécessaire, que la personnalité trouble et bipolaire du personnage principal demeure inchangée. Une fois encore, les scénaristes nous placent dans une position inconfortable en tant que téléspectateur, car dans l’incapacité de juger du personnage, dont les actes dépassent la dichotomie classique entre bien et mal, pour apporter au rôle interprété par Claire Danes une profondeur toute singulière. Mais, loin s’en faut, Carrie Mathison ne sera pas la seule protagoniste de la saison à devoir faire face à plusieurs décisions critiques lourdes de conséquences. Chaque personnage se verra de fait confronté à différentes épreuves qui ébranleront ses certitudes et sa maitrise du professionnel comme du privé.

Des personnages compléxifiés, des destins entremêlés, une intrigue retravaillée

     Tous auront gagné en profondeur au fil des épisodes mais aussi en noirceur. Les choix qu’ils devront faire concernant leurs vies personnelles se révéleront décisifs pour la suite de l’intrigue – on pense notamment à l’ambassadrice Martha Boyd, dont la vie privée interférera de façon troublante avec la diplomatie étasunienne. Sur ce point, la quatrième saison d’une série ayant pour cadre depuis ses début un monde imprégné du terrorisme post-11 septembre a réalisé un effort de réalisme qu’il est tenu de souligner. Les échecs de la CIA, les mauvais choix politiques, la morale parfois douteuse et les opérations militaires ratées, à l’image de la frappe de drones du premier épisode, font légion tout au long de la saison. Dans le camp ennemi, là encore les scénaristes ont fait le choix du réalisme poussé en prenant pour figure terroriste principale de la saison Haissam Haqqani, double fictif de Jalaluddin Haqqani, véritable membre d’un groupe éponyme inscrit sur la liste noire de Washington et l’une des cibles de la CIA. Si plusieurs voix se sont élevées contre la représentation des pakistanais dans la saison, il n’en demeure pas moins que Homeland a pris un tournant de réalisme scénaristique délaissé depuis quelques temps, ayant de ce fait laissé supposer une mort lente pour une série à l’intrigue devenue trop alambiqué, mélodramatique et spectaculaire.

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Le spectacle, cette nouvelle saison ne l’a pourtant pas occulté. En témoignent les épisodes 8, 9 et 10, terriblement pertinents en considérant l’actualité et offrant de ce fait une caution vérité à deux évènements qui auraient vite pu sombrer dans le sensationnalisme hollywoodien – un enlèvement et une prise d’otage. Certes, l’opposition gentil/méchant revient comme un boomerang dans ces derniers épisodes alors qu’un effort pour la faire demeurer marginale avait été réalisé le long de la saison. Mais il n’en demeure pas moins un assaut final qui tient qui le visionne en haleine et dont la crédibilité est en partie portée par un Haqqani charismatique et à la personnalité intrigante car ambiguë. Une ambiguïté maitre-mot de ces douze épisodes et que l’on retrouve chez presque tous les personnages. La scène du repas entre lui et Saul, chacun figure d’exemplarité de leurs camps respectifs, met le doigt sur cette vision à double courant des relations entre le Moyen-Orient et les Etats-Unis, le terrorisme et la politique étrangère américaine. Un contraste que l’on retrouve au fil des différentes étapes narratives de la saison, de la rencontre entre Carrie et le jeune Ayaan aux dilemmes personnels auxquels se retrouve confronté Quinn.

Les rôles de chacun prennent une nouvelle dimension

  Quinn fut l’une des révélations de la saison. Auparavant personnage de second plan au capital sympathie inexistant, il prend la place du rôle masculin phare de la série. N’ayant rien à envier aux démons intérieurs de sa coéquipière, sa personnalité torturée se fera rapidement le gage d’une relation complexe avec Carrie aux accents paradoxaux d’amour naissant. Une potentielle idylle étouffée dans l’œuf par les scénaristes, afin de ne pas retomber dans l’écueil de la romance sur fond de conflit géopolitique, hybridation qui avait fait perdre en qualité les dernières saisons. Mais qui malgré tout n’est peut-être pas définitivement enterrée – to be continued.

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Quant à Saul, interprété par un Mandy Patinkin toujours aussi juste, les différentes épreuves qu’il endurera au cours de la saison le mettront face au désarroi, à l’envie d’abandonner mais lui feront également éprouver ce qu’il vivra comme une trahison de la part de celle qu’il considère comme sa fille spirituelle. Là encore, les choix individuels de Carrie comme des autres auront un impact sur le plus grand nombre. Face à plusieurs dilemmes aux accents cornéliens tout au long de la saison, touchant à Saul, à sa fille, à Quinn et même à sa mère, Carrie se retrouve fréquemment en position d’inconfort extrême, ce qui la pousse inévitablement à endosser par opposition son rôle de chef de station de la CIA de façon bien plus maitrisée. L’accumulation des drames vécus par la jeune femme auront pour conséquence un épisode 7 où sa fragilité ne pourra plus être contenue et dont la fin de l’épisode, pour le moins troublante, apparaîtra comme l’apogée de cette misère psychologique chez un personnage tout en nuances, à la fois brillante sur le terrain et incapable du moindre équilibre dans la vie.

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Car les scénaristes l’ont compris, après le virage à 360° effectué lors de cette quatrième saison et les risques qui en découlent, il était temps pour Homeland de se recentrer autour de sa figure principale. Laquelle, en plus d’être brillamment interprétée par une Claire Danes qui mérite définitivement mieux que les trop fréquentes grimaces auxquelles elle s’adonnait ces derniers temps, possède une personnalité originale bien singulière dans l’univers actuel de la fiction. Le personnage de Carrie Mathison offre en effet une palette d’attitudes et de possibilités assez riche pour surprendre en continu le téléspectateur sans jamais l’ennuyer. Agaçante, attachante, souvent choquante, ses problèmes personnels auraient pourtant gagné à être plus développés, car bien que nombreux durant la saison, ils n’apparaissent que ponctuellement, entre deux crises militaires au Pakistan, et deviennent de ce fait partiellement abordés, voir à peine effleurés pour certains – à l’image de sa relation avec sa mère. Les intrigues parallèles convergent toutes vers elle, mais la traque d’Haqqani n’en demeure pas moins le fil rouge de la saison.

L’alternance des registres pour une saison toute en nuances

  Cette alternance entre les questionnements existentiels d’une jeune mère et la lutte anti-terroriste à Islamabad se fait à l’image de toute la saison, à savoir un contraste permanent entre une action palpitante – parfois un peu trop – et un calme réflexif. Le drame familial de la fin de saison sonne à cet égard comme un rappel à la réalité, une action dramatique tournée vers le réel pour contraster avec l’émotion spectaculaire des derniers épisodes. Cette saison 4 multiplie ainsi les angles d’attaque, s’interdisant tout narration linéaire, ce qui, à défaut de lui accorder l’unanimité critique, a au moins le mérite d’assiéger son statut de série unique dans le paysage audiovisuel, ne pouvant subir la comparaison avec d’autres, car inscrite dans un schéma proprement différent.

Comment les scénaristes ont posé les bases d’une nouvelle série

    Comme pour tempérer les émotions après une fin de saison en apothéose et par la même occasion affirmer cette singularité, le dernier épisode se fera le vecteur d’un calme à la limite du pesant, un retour à la réalité comme une fin de parenthèse après l’effervescence des précédents. Une parfaite nuance, une fin de saison inattendue mais qui, dans le même temps, laisse deviner une cinquième potentiellement explosive, riche de nouvelles directions dont les bases ont été posées lors de ces douze épisodes. Il incombe donc à Homeland de faire fructifier ce tournant amorcé afin de tracer un itinéraire nouveau pour chacun des personnages, une nouvelle orientation pour l’intrigue principale, et d’imbriquer ces différents éléments au sein d’une juxtaposition finement maîtrisée par des scénaristes qui y sont déjà parvenu cette année, n’hésitant pas à prendre des risques. Avec raison.

Fiona Chalom

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